Escalade et jubilation

S’il est une chose sûre, c’est que mon aventure partagée de mars 1980 (l’avalanche suivie d’un aller-et-retour sans frais chez St-Pierre) a complètement changé ma manière de voir les choses. Je ne parlerai que de la montagne, ce qui est déjà beaucoup. Après avoir remis tous mes compteurs à zéro, j’ai entamé la période la plus heureuse de ma vie d’alpiniste. Comme le destin a le goût des vacheries, il a fait en sorte que cela ne dure que quatre années, avec pour août 1983 un rendez-vous des plus fracassants. Mais n’anticipons pas : pour le moment, place à l’apothéose !


Les charmes de l’escalade dans les Bornes. A gauche, dans la voie du Char à Bancs (Pertuis). A droite, une pancarte à Nant Debout, retouchée par un petit impertinent (elle a disparu depuis)

Non pas que le nombre et la qualité des prouesses ait augmenté, bien au contraire. Les courses qu’on jugeait alors exceptionnelles ont été plutôt moins nombreuses ; c’est le plaisir qui a été plus intense que jamais, et c’est bien cela qui compte : foin de performances, place à l’hédonisme alpin. Plaisir de vadrouiller, de connaître des lieux jusque-là dédaignés, la Corse, les Dolomites, les Pyrénées (merveilleuses Pyrénées ! allez dans les Pyrénées !) ; plaisir de vagabonder de cimes en cimes, fussent-elles sans réputation ; plaisir de partager ces moments avec de jeunes galopins qui découvraient la montagne avec une joie, un enthousiasme et un talent fous. J’avais déjà expérimenté ce luxe du partage avec des compagnons comme James Chevallier, Olivier Comerson ou Jeef Lemoine – tous les trois disparus aujourd’hui. Nous étions allés ensemble aux Etats-Unis en 1979, après quoi il a bien fallu se voir moins souvent – il ne doit pas exister beaucoup de cordées éternelles…


Sur la rhyolite de Bonifato, en Corse du nord. Une ouverture anonyme…

J’animais toujours le club d’escalade de mon Lycée et je démarrais celui du CAF d’Albertville. Cette double casquette m’a permis de me retrouver au milieu d’une escouade de choc comme on en rencontre rarement. Il va être difficile de ne pas être injuste si je me risque à citer des noms, et pardon d’avance pour ceux que j’oublie. Pour certains les courses effectuées ont été peu nombreuses, mais suffisamment pour apprécier leurs qualités morales et intellectuelles tout autant que leurs dons de grimpeurs – ainsi de François Hubert ou de Fabien Hoblea, des garçons tout simplement géniaux.


François Hubert dans la voie de la Relève, à la Tête de Colombe (Cerces)

Pareil pour François Cartier ou les frères Goujon, Vincent et Pierre. Ce dernier nous a quittés en 1991, le jour même de mon anniversaire, dans les eaux furieuses de mes Côtes d’Armor natales. Lui ne grimpait pas, mais il était musicien et s’il skiait en apparence comme une savate, il répondait présent chaque fois que je cherchais un partenaire pour une course à skis, loufoque de préférence. Un été je l’avais emmené faire une traversée intégrale des Aiguilles de Trélatête à partir des Chapieux, dans la journée. Une paille ! Au moment de chausser les crampons vers la Lex Blanche, il m’avait demandé comment ça fonctionnait, et pareil pour les broches à glace. Il m’avait rappelé Bertrand Bougé – autre poète disparu – me signalant à la sortie du couloir des Italiens, à la Grande Casse, que c’était la première fois qu’il mettait le pied sur des crabes… Cette démarche me convenait parfaitement : après tout, c’est bien ce qu’on avait fait avec Wyns à la voie des Savoyards ou au Bastion Central – se fourrer dans le pétrin, et après on regarde comment en sortir. Le principe de précaution, ce n’était pas notre tasse de thé.


Vincent et son oeil complice dans la voie des Lézards, aux rochers de Borderan (Aravis)

Vincent, c’est le petit frère. Si on n’a jamais fait de très grande course, on a grimpé et skié jusqu’à plus soif, et lui à skis, c’est vraiment le contraire d’une savate. Si vous avez vu ce joli film de « Malabar Princess », vous avez vu passer son nom sur le générique – c’est lui qui en a fait la prise de son, c’est devenu son job. Il revient quand il peut regarder les montagnes depuis son parapente et écluser avec nous une bonne bouteille. J’adore les bonnes bouteilles… Mais je m’égare. Qui encore, dans la galerie des vedettes ? Il y avait Jean-François Pouillard, le « vieux » puisqu’il avait dépassé les vingt ans, avec qui j’ai fait la traversée des Aiguilles de Chamonix juste avant mon accident, en août 83. Une drôle de traversée, dans une chaleur caniculaire, sur une montagne morte de soif, avec des versants qui littéralement s’écroulaient en-dessous de nous, comme une prémonition des temps actuels.


François Cartier (en tête) et Vincent dans la paroi de Bazel. A droite, Jean-François en rappel au Pilier des Trois Pointes (Mont-Blanc du Tacul)

Il y avait encore Marc Séraphin, un océan de modestie et de générosité, artiste lui aussi, végétarien et grand bouffeur de chocolat. Et infatigable ! Je ne l’ai vu craquer qu’une seule fois, sur l’éperon sud-est du Bec d’Oiseau. Alors que nous étions déjà très haut, il avait été pris de douleurs très violentes qui faisaient penser à un œdème pulmonaire. Nous étions si haut que la retraite me paraissait plus problématique que le passage par le sommet, afin d’atteindre le glacier des Nantillons. Par bonheur il y avait avec nous Vincent Coussedière, et nous avons littéralement porté Marc jusqu’à la cime tout en craignant le pire. Sur le glacier, je pensais courir jusqu’à Chamonix pour aller chercher du secours, mais en fait Marc y est arrivé avant nous sur le coup de minuit, frais comme un gardon : plus nous descendions, mieux il se portait tandis que nous, nous accusions la fatigue. Il n’y avait pas plus d’œdème que de beurre en broche, seulement une banale déchirure intercostale, aussi douloureuse que bénigne !


Marc dans le Pilier des Chercheurs d’Or, lors des séances d’ouverture

J’ai fait avec Marc des courses magnifiques dans un style qui m’a comblé, tout de dépouillement et de sérénité, comme on dirait d’un alpinisme franciscain : au Rouget (la voie de la Console !), à la Noire de Peuterey, à Sialouze ou au Pic sans-Nom (la George-Russenberger dans la face nord, où nous avons éprouvé l’euphorie de la course parfaite). Et c’est avec lui que j’ai ouvert au Pertuis, dans les Bornes, le Pilier des Chercheurs d’Or. Une épopée de 12 journées presque consécutives, en juin 1982. J’aimais beaucoup cette haute muraille verticale jaillie des arbres, la seule falaise des Bornes qui fasse penser au Vercors. J’y allais très souvent avec les jeunes, avec qui j’ai parcouru une bonne partie des voies. Ma préférée était le Char à Bancs, dont j’avais fait en juin 68 la deuxième ascension et que j’ai refait au moins 12 fois. Je voulais faire là-haut une trilogie associant le Pertuis et la Tête à Turpin, toute proche. J’ai dû me contenter d’une voie à la Tour des Bûcherons (Rhapsodie d’automne) et de ce Pilier des Chercheurs d’Or proche du Char à Bancs. Je voulais faire une voie complètement équipée en utilisant pitons et spits, ce qui était encore peu courant en-dehors des écoles d’escalade. Je tenais aussi à ouvrir du bas, sans placer de cordes fixes et en faisant un maximum de libre. Les dernières journées ont été rudes, quand nous passions plus de la moitié du temps à remonter la partie déjà parcourue ! J’ai été assez fier du résultat, je dois dire, même si mes critères d’équipement paraissent aujourd’hui complètement ringards. Mon plus grand regret est de constater que cette superbe paroi est à l’abandon et n’attire pratiquement plus personne…


Partie centrale de la face sud du Pertuis. Le Pilier des Chercheurs d’Or borde la très profonde cheminée visible à gauche (où passe la voie de l’Escalier). Le Char à Bancs est plus à droite et sort sous le relais TV visible au sommet

L’alter ego de Marc était donc Vincent Coussedière, brillantissime dans toutes les matières de l’esprit comme dans celles de la grimpe ou du ski. Lui aussi je lui dois bien des choses, notamment une Walker d’anthologie (à nous deux moins de 60 ans, donc presque 42 pour moi…) et une Devies-Gervasutti à l’Ailefroide quelques années plus tard, qui ressemblait à une passassion symbolique de pouvoir. Enfin il ne faudra pas que j’oublie Cyrille le Ménestrel, dit Minestron, dont nous avions hérité alors qu’il entrait à peine dans l’adolescence avec ses longues guibolles et sa voix de soprano coloratura (faut-il dire « coloraturo » ?) dont il usait comme d’une trompette. Volubile et drôle, c’était un ludion effervescent à qui on avait parfois envie de mettre une laisse. Cela ne l’a pas empêché de devenir un remarquable grimpeur, sans parler de qualités intellectuelles qui rivalisaient sans peine avec celles des autres. En fait j’avais hérité là d’une équipe de prix Nobel en puissance, smokings en moins et joie de vivre en plus.


Vincent (dans le Pilier Rouge du Petuis) et Cyrille (dans la paroi du Casset, à la Tournette)

J’ai eu l’occasion dévaluer leurs capacités en septembre 1981 lors d’un séjour en Vésubie sous la houlette du CAF d’Albertville. Je me suis retrouvé seul pendant 12 jours avec huit monstres de cet acabit, 12 jours durant lesquels je courais d’une voie à l’autre pour mettre les cordées sur les rails, contrôler la bonne marche des opérations, assurer les descentes, conduire ceux qui n’étaient pas autonomes (13 voies en 8 jours…), plus faire le chauffeur, les courses, la cuisine, la nounou, etc…C’était épuisant et ravissant. J’ai eu le coup de grâce le jour du départ, quand il a fallu ranger le petit chalet que nous avions loué au Boréon, et que François m’a sorti qu’il n’avait jamais touché un balai de sa vie…

On a fait encore mieux l’année d’après avec Cyrille, Marc et Jean-François. Vincent Coussedière aurait dû en être, mais il s’était fait une entorse à la descente de la Walker et avait dû renoncer. On avait prévu de grimper durant la deuxième quinzaine de juillet (1982) sans programme bien défini. Heureusement, car la météo était enragée, avec des orages quotidiens très méchants qui pétaient sur les 13-14 heures. Nous avons cru trouver la solution dans une fuite en avant qui nous a fait visiter la moitié de l’arc alpin. Qu’on en juge : 17 juillet, voie Kohlmann-Mazeaud à la face sud du Pouce. Orage. Le 18, transfert sous la pluie dans le Val d’Orco et montée à Piantonetto. 19 : voie de la Tour Détachée au Becco di Valsoera. Orage, naturlish. Le 20, on traverse la plaine du Pô jusqu’en Lombardie, direction le col de la Maloja et bivouac tout près du Badile. 21 : éperon ouest-sud-ouest du Piz Cengalo. Puis avec Jean-François, je franchis sous l’orage (naturalmente) trois cols pour aller récupérer le camion pendant que Marc et Cyrille passent la nuit dans la chapelle d’un cimetière du Val Masino…


Dans la face ouest du Becco di Valsoera (Grand Paradis)… un jour où il faisait beau…

Le 22, on file sur Madonna di Campiglio et on monte (sous la pluie) au refuge Brentei. 23 : Campanile Basso par le spigolo Graffer + paroi Preuss. Orage. Le 24, on se retape la Padanie, cette fois pour le Val Maira. 25 : trois voies dans le groupe Rocca-Provenzale, après quoi on rejoint, au milieu des éclairs, le Valdieri dans l’Argentera. 26 : face sud du Corno Stella par la Directissime Pierre Allain, et descente en courant sous l’orage. On a quand même sauté un jour avant la dernière qui a eu lieu le 29 dans le Val Veny, avec la traversée des Aiguilles nord et est de Trélatête. Bon, c’était 15 jours pas mal employés, en somme, et des voyages qui forment la jeunesse !


Le versant sud du Corno Stella (Argentera)

Je dois à Cyrille un des épisodes les plus pittoresques de ma carrière d’initiateur bénévole. C’était dans les rochers de Borderan, au-dessus du col des Aravis. C’est une petite falaise (100 à 150 m, pas plus), très verticale, avec un calcaire surprenant où alternent le meilleur et le pire. On a parfois l’impression de grimper sur du carton, mais on trouve aussi des dalles éblouissantes. Je l’ai découverte en 1974 et je me suis aperçu que c’était un très chouette terrain d’aventure, au sens vrai du terme (je ne parle pas de cette imposture des « parcs d’aventure », comme si l’aventure pouvait s’enfermer dans un espace clos !) : recherche du cheminement, résolution des problèmes d’assurage (parfois très chinois !), une certaine prise de risques, le tout dans un décor somptueux.


Rochers de Borderan. A droite, la grande dalle de la voie des Lézards

J’y suis allé je ne sais combien de fois, ouvrant une bonne douzaine de voies allant de la bouse intégrale au petit chef-d’œuvre (D XII, le Poinçonneur de l’Adroit, le Grand Fanfoué, la voie des Lézards…). Ma favorite est le Grand Fanfoué, ouvert en 74 avec Michel Valyi puis remanié à plusieurs reprises, et que j’ai dû parcourir une bonne vingtaine de fois. Malgré son allure rébarbative, c’est une très belle escalade aérienne, sur un rocher presque partout excellent, avec à la fin une dalle coquine dont je ne suis pas peu fier…


Vincent Goujon dans la longueur terminale du Grand Fanfoué

Cette fois-là nous étions cinq : j’étais devant, assurant en flèche Cyrille suivi de Fabien. Derrière, en cordée volante, il y avait Marc puis Vincent Coussedière. J’avais enchaîné les deux premières longueurs et je faisais monter mes seconds, quand Cyrille avisa au-dessus de sa tête une belle écaille bien découpée, séparée de la paroi par une fissure à la courbe tentatrice. Cette écaille, j’avais pris bien soin de la contourner sur mon passage, mais je n’eus pas le temps d’alerter Cyrille que celui-ci s’était déjà agrippé à son tranchant tout en glapissant avec la suavité d’un cornet à piston : « Eh les copains, une p….. de dülfer ! » On devine la suite, digne d’un scénario pour la Panthère rose : l’écaille gicle, avec Cyrille cramponné dessus, jambes frétillantes et mine stupéfaite, avant d’aller penduler sous quelque surplomb, tandis que le couperet de guillotine fonce vers la tête de Fabien, la frôle, s’abat sur le rocher devant sa poitrine tout en sectionnant net sa corde d’attache, rebondit en direction de Marc, l’évite de peu dans un pas chassé de toréador, hésite à fracasser un peu plus bas le crâne de Vincent puis, se ravisant, s’en va exploser dans un vacarme triomphateur dans le pierrier. Echooooooooooooooooooooooos tout au long de la crête des Aravis ! Puis, le silence.

Logiquement, j’aurais dû avoir trois morts sur les bras, sinon trois et demi. Je rappelle que c’était une sortie du club d’escalade du Lycée, un mercredi après-midi. J’imagine la tête du proviseur (« Je vous couvre, je vous couvre »), si…. Restez couvert. J’imagine que cette affaire m’enverrait aujourd’hui au goulag, et que Sarkozy se déplacerait en personne aux Aravis pour fustiger ma criminelle inconscience. Heureusement nous étions en 1981 ou 1982 : c’était encore l’état de grâce, version Tonton. Mais au moins, les procureurs ne se mêlaient pas de faire de l’escalade.


Cyrille dans D XII, lors de l’ouverture

Rétropectivement, je bénis la chance puisqu’il n’y a eu que de très légères égratignures, qui ne nous ont même pas empêché de finir la voie. Je bénis surtout le sang-froid et la lucidité de ces quatre jeunes, la belle placidité de Fabien qui sut rester impassible alors qu’il se livrait à un solo involontaire sur quelques grattons, la superbe efficacité de Marc qui se propulsa jusqu’à lui et fit en un clin d’œil les gestes qui le mirent hors de danger, sans omettre la réaction de notre ludion voltigeur, soudain privé de son organe vocal, mais tout aussi vite enrichi d’une dose d’expérience dont il sut faire son miel. Décidément, j’avais affaire à une sacrée équipe – oui, on peut rencontrer dans sa vie des jeunes dignes d’admiration.


Dans la Restonica (Corse centrale)

9 Responses to “Escalade et jubilation

  • quand tu nous tiens ! quel beau récit, quelles expériences superbes , tout comme les photos !

  • Attention le petit Nicolas (pas le Saint Nicolas, l’autre) peu se cacher n’importe où et t’envoyer en Sibérie pour moins que ça ! On ne critique pas le pouvoir !

    Encore bravo pour cet article.

  • Faute à « TOUTS » il fallasit mettre « tous » et « peut », le jour de la reprise ça marque mal !

  • Bonjour, j’ai discuté avec Pascal DIETHELM (ouvreur du Char à Banc) a qui j’ai proposé un rééquipement de la voie du Char à Banc…il est totalament d’accord ; cependant, je tate un peu le terrain…pour savoir ce qu’en pense la communauté des grimpeurs… (relais seuls rééquipés ou voie totalement rééquipée genre Les Collégiens aux Rochers de Leschaux). Merci et bravo pour votre site. Christophe du CAF ANNECY.

  • La caractéristique n° 1 du Char à Bancs, c’est son exposition du fait de sa raideur, des nombreux passages non redescendables en traversée et de l’assurage souvent lointain. Si on rééquipe comme on fait ailleurs, on supprime ce dernier facteur et la voie n’est plus elle-même. Je rappelle qu’elle avait été ouverte avec 1 seul point foré. Ce n’était même pas un spit, simplement un boulon placé dans un trou creusé au tamponnoir. Plus tard, je l’ai remplacé par une plaquette de 8 mm (toujours en place). J’en avais mis une autre au départ du laminoir de la 3ème longueur, car le doublage de coins de bois qui datait de la 1ère avait sauté. Mais cette plaquette avait ensuite été cassée (volontairement) par des grimpeurs aixois engagés à l’époque dans la « guerre des spits »…
    Ca résume à peu près mon point de vue sur le problème posé : je serais d’accord pour un rééquipement limité au minimum absolument nécessaire, soit certains relais (la plupart sont bons tels qu’ils sont !), et quelques rares points complémentaires dans des passages devenus dangereux. C’est le cas pour la 1ère longueur, ou bien le petit mur qui précède la fissure-cheminée supérieure, qui a subi un petit éboulement, ou la longueur après la grotte. C’est le cas partiellement pour la traversée expo de la 6ème longueur. A l’inverse, il serait dommage de retoucher le mur jaune de la 5ème longueur (celle qui démarre au sommet d’un petit pilastre et où il faut aller choper un arbuste dans un gros surplomb) : elle est très exposée, mais les vieux clous en place sont solides et on peut compléter avec de bons friends et des sangles…
    Cela dit, si Diethelm approuve l’idée d’un rééquipement plus poussé, que puis-je dire ? J’aimerais bien que vous preniez l’avis de Daniel Chauchefoin, même si je sais que ses relations avec le CAF d’Annecy sont orageuses. Cabochard ou pas, il fait partie de ceux dont l’avis doit faire autorité. Néanmoins, je ne peux qu’applaudir à la volonté qui semble se manifester de susciter un courant d’intérêt pour le Pertuis (avec ou sans H – Pertuis, ou Perthuis ? à vrai dire, je ne sais plus !).
    Je profite de cette occasion pour signaler que je n’aimerais pas voir « ma » voie de la Dalle rousse, au Roc des Boeufs, transformée par un rééquipement … de boeufs…

  • Je grimpe très peu aujourd’hui.
    J’ai planté quelques goujons à gauche de la voie de la Dalle Rousse (du bas) il y a 10 ans après avoir ouvert en 88 une voie (Tchao Di Pat) »expo et dangereuse » selon l’idéologie sécuritaire et consumériste en vogue aujourd’hui.
    Je regrette l’escalade propre sur coinceurs.
    Le rééquipement systématique (sous couverts des clubs) n’est-il pas un abus de pouvoir.
    La paroi du Masque facilement protégeable a hélas été massacrée par des goujons.
    Finalement je suis heureux de ne presque plus grimper !
    Je risquerai de devenir cardiaque.
    On ne mesure pas la qualité d’une voie à sa popularité, à moins que la Montagne soit touchée par le clientélisme.

    Bravo pour ce blog qui fait du bien !

    Chapeau Monsieur Chapoutot

  • Il n’y a pas si longtemps, j’avais discuté du cas du Roc des Boeufs avec le président du CAF d’Annecy, René Bosson. Nous étions d’accord pour dire que, à partir d’un certain éloignement, une paroi relevait du terrain d’aventure et devait être tenue à l’écart des programmes d’équipement systématiques. Le Roc des Boeufs rentrait dans cette catégorie. J’ai constaté moi aussi que la paroi du Masque avait été goujonnée, alors qu’on peut s’asurer pratiquement partout sur d’excellentes lunules… J’ai appris aussi qu’un équipeur du CAF d’Annecy avait décidé de « rééquiper » la Dalle Rousse. J’en ai reparlé à René, qui a répondu par un geste d’impuissance… Ca n’empêchera pas la terre de tourner, mais c’est vrai qu’il y a là une sorte de gâchis, car les jeunes et les débutants n’apprennent plus à grimper : ils apprennent seulement à passer d’un point d’assurage à un autre. Ainsi, on produit des infirmes de l’escalade. Cela dit, remarquons qu’ils ne sont pas spécialement malheureux, puisqu’ils ne peuvent faire faire les comparaisons que nous pouvons faire, nous les vieux…! La première fois que j’ai fait la voie de la Dalle Rousse, je n’avais pas de tamponnoir. J’ai passé la longueur-clé (la 3ème) avec 2 points d’assurage sur 50 mètres. Plus tard j’ai mis 3 spits, puis un quatrième (en plus d’un piton), et j’ai alors estimé que c’était à la limite du suréquipement. Ce n’est évidemment pas l’avis des « modernes ». J’attends avec une certaine appréhension de découvrir combien il y aura de goujons flambants neuf dans cette longueur !

  • Olivier
    13 années ago

    J’ai grimpé la dalle rousse au moins 10 fois, la premiere il y a presque 15 ans , c’est toujours un grand moment de bonheur dans ce superbe vallon du col de la frasse. L’equipement a quand meme beaucoup changé depuis et change beaucoup la donne c’est sur. Cette fameuse 3eme longueur que j’ai longtemps estimé a un 4sup en finesse (vu sur un topo recent a 5+ !!)a maintenant au moins 6 / 7 broches (ts les 3 metres dans le « crux » !).
    Les broches, c’est bien aux relais surtout pour les rappels, c’est bien (un peu) dans les 2 dernieres longueurs (qui n’etaient presque pas equipées) mais c’est quand meme pas bien quand il y en a trop.
    En tout cas, CHAPEAU pour cette classique.

  • Bonjour, je viens d’aller faire un tour à la Dalle Rousse aujourd’hui même, c’est superbe comme vous le ditent. Et effectivement la voie centrale passant par l’arbre à été ré-équipée de jolies spits tous beaux tous ronds. Mais contrairement à vous je vois cela plutôt d’un bon oeil. Rien n’empêche les « vieux-qui-regrettent-les-vieux-pitons-rouillés » de ne mettre que deux points entre deux relais si ca leur chantent ! La pose des dégaines n’est pas une obligation ! Par ailleurs, M. Bosson et les autres grimpeurs/équipeurs du CAF ou d’autres clubs, n’ont rien à gagner à faire un équipement (ou ré-équipement) des voies. Ce sont des bénévoles (retraités ou non) qui prennent sur leur temps perso pour enseigner ou équiper afin que des gens puissent grimper. Ca ne leur rapportent rien que le plaisir de faire plaisir. Le nombre de grimpeur est en constante augmentation, et les voies les plus connues sont patinées comme l’est le Biclop, une bonne partie de la Grande Jeanne, la Balme, les Grandes suites, … à moins d’aller s’amuser dans des cotations en 6c/7a mini. Là c’est jamais patiné, c’est parfois bien engagé ou exposé, c’est fin et c’est bien agréable aussi. Par ailleurs on peut dire que au même titre que la population d’Annecy augmente, celle des grimpeurs aussi augmente et partant de ce constat il est normale que les équipements suivent (Mur de Bertho, falaises alentour).
    En aucun cas il s’agit de « clientélisme » ou de qualité de voie en fonction de sa « popularité » C’est assez ridicule de dire cela ! Ca revient à dire que les 7a et + sont de mauvaises qualité. La grimpe c’est du plaisir avant tout, la sécurité est un point important de l’escalade et il en faut pour tous les goûts. Des voies engagées il en à d’autres et encore une fois rien de vous oblige à poser tous les points si vous voulez vous la jouer « gros bras – gros mental ». En tout cas la Dalle Rousse est bien belle ça c’est sûr!
    Bonne grimpe.
    Cordialement, Seb